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 Chapitre 63 - Mémoire oubliée : Faux semblants

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Jezekiel
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Localisation : Poitiers, Vienne, France

20032012
MessageChapitre 63 - Mémoire oubliée : Faux semblants

[Date originale : 9 Octobre 2011]
[Date correctif : 3 Janvier 2015]
Terre 531 – Année 3530 – Oasis abandonnée d’Égypte

L’un des démons au service de la fillette, le seigneur Marbas, ouvrit un portail dimensionnel qui sembla éventrer l’espace devant dans un grand déchirement. Les contours de la brèche dimensionnelle rougeoyaient comme si un feu les avait dévorés.
Marbas pénétra la première dans la brèche suivie de ses serviteurs dont l’un d’eux, une véritable armoire à glace sur pattes et à cornes portait sur l’épaule le corps inanimé de Reinhardt Nakts. Le dernier démon restant s’occupa de la place et fit disparaître toute trace de ce qui avait pu se passer en ce lieu.
_____________

Feu – Année 2012

Marbas et sa suite apparurent en sa demeure, la Sépulture des engrenages hurlants. La sépulture était une gigantesque tour truffée d’engrenages et divers mécanismes arrachant des cris et autres hurlements à ses suppliciés.

« - Votre voyage à travers les âges s’est-il bien passé seigneur Marbas ? » demanda un démon fluet, manifestement l’un de ses serviteurs rapprochés.

« - Ma foi, me faire passer pour une fillette humaine m’a amusée et l’agonie de Nakts m’a … divertie » répondit le seigneur avec un sourire.

« - Qui est l’humain que vous rapportez ? Un amuse-gueule ? »

« - Non, c’est Nakts ! » dit Marbas dont l’expression du visage changea.

« - Mais … il est encore sous sa forme humaine. Le rituel aurait-il échoué ? »

Marbas tourna le visage vers son serviteur pour la première fois depuis le début du dialogue avec un regard colérique. Puis elle se reprit.

« - Le rituel était parfait ! Je savais que je n’aurais pas dû confier cette tâche à Sahkm, cette mauviette n’a pas réussi à prendre le contrôle ».

« - Si nous le soumettions aux rouages d’asservissement, l’esprit de l’humain serait réduit en lambeaux, alors Sahkm pourrait finir sa mission. Permettez-moi de les pré … »

Le démon n’eut pas le temps de finir sa phrase que sa tête roulait sur le sol. Irritée, Marbas avait transformé son bras gauche en un membre musculeux muni de puissantes griffes et, d’un geste, avait décapité son serviteur.

« - Suis-je donc entourée de décérébrés et d’incompétents ? Nakts a démontré qu’il était plus fort que Sahkm mentalement. Nous pulvériserions l’esprit de Sahkm avec les rouages bien avant que Nakts ne montre un signe de fatigue ! »

Marbas marqua un temps mort. Ses serviteurs ne troublèrent pas son silence et attendirent qu’elle prenne sa décision.

« - En revanche ! Nous pourrions perturber Nakts, fausser ses repères, ses croyances, ses vérités … nous pourrions l’asservir à notre cause. Alors Sahkm deviendrait inutile. Quel est le meilleur moyen pour cela ? … Amenez-le à Alricaus ! »

Comme tous démons, Alricaus entretenait des rapports conflictuels avec ses semblables mais lui plus que la moyenne. Passé maître dans l’art de causer des troubles et autres conflits en nombre plus que nécessaire, Alricaus n’était pas des plus appréciés. Toutefois il était craint de la majorité des démons et afin qu’il n’entrave nullement le règne de Moloch par ses manipulations, le roi infernal lui confia le commandement de vingt deux légions et un territoire de Feu en propriété qu’il avait renommé à son goût : le Cortex des Faux semblants.
Les serviteurs de Marbas s’y dirigèrent avec appréhension car il n’était pas rare qu’Alricaus décide de psychanalyser certains messagers qui lui rendaient visite.
Au beau milieu d’une plaine de grès rouge sang, le cortex se dressait là, ressemblant à s’y méprendre à un asile psychiatrique terrestre. Une imposante grille entourait l’immense territoire. Constituée d’une foultitude de barres de fer noir, elle présentait plusieurs pointes tournées vers l’intérieur de l’asile pour empêcher quiconque d’en ressortir sans permission.
Les serviteurs de Marbas se présentèrent à ce qu’ils pensaient être la porte d’entrée avec méfiance et ne sachant pas vraiment comment s’y prendre. Empalé sur les pointes de la grille, un pensionnaire humain dont il manquait les jambes s’anima.

« - Toc toc ! Qui est là ? C’est ta mère grand mon enfant ! » dit-il sur un ton à la limite de l’hystérie.

L’homme avait les mains et les bras crucifiés sur la grille, il passait la tête entre deux barreaux. Un rictus déformait son visage en un grand sourire malsain. Ses paupières avaient été cousues sur son visage pour conserver ses yeux grands ouverts. Ainsi on voyait la moitié de ses globes oculaires qui ne cessaient de rouler dans tous les sens et même indépendamment l’un de l’autre.
Les démons de Marbas le regardèrent avec amusement.

« - Nous sommes venus … » commença à dire l’un d’eux lorsque l’homme lui coupa la parole.

« -  Et qu’avez vu que mes grands yeux n’ont pu voir ? Mes yeux que j’ai de si grands pour mieux vous voir. Mais surtout la question est être ou ne pas être vu et avez-vous vaincu ? »

« - Misérable humain ! Cesse de raconter n’importe quoi et informe ton maître que nous venons de la part … »

« - Une autre part de gâteau ? Non merci, j’ai déjà trop mangé ! »

« - TU VAS LA FERMER, OUI ? »

« - Oui ou Non ? Blanc ou Noir ? Je ne sais pas, je n’arrive pas quoi choisir comme chocolat ».

« - Ça suffit maintenant ! Nous devons l’amener à Alricaus et s’il faut carboniser ce macaque pour entrer, je m’en charge ! » dit l’un des démons ayant conservé le silence jusqu’à maintenant.

Le démon enflamma sa main lorsqu’une nouvelle personne arriva.

« - Veuillez-vous calmer je vous prie, vous allez énerver nos patients » dit un homme en blouse blanche en ouvrant la grille.

Les démons regardèrent l’humain un instant.

« - N’y a-t-il que des primates ici ? » dit l’un des démons à son voisin direct tout en entrant dans la propriété.

L’homme, manifestement infirmier de l’établissement, posa sa main sur l’épaule du démon.

« - Es-tu bien sûr de ce que tes yeux te montrent ? Il se pourrait qu’il en soit tout autre » dit l’infirmier dont les yeux devinrent jaunes, la peau se mit à rougir et des cornes, suivant le contour du crâne, se manifestèrent.

Puis l’infirmier, ou le démon, reprit sa forme … mais en avait-il bien changé ?
Après avoir refermé la grille, il leur demanda la raison de leur venue. Les démons lui dirent qu’ils amenaient cet humain à Alricaus avec une lettre de la part du seigneur Marbas.
L’homme leur indiqua le chemin à suivre.
Le groupe de cinq démons traversa un parc verdoyant et vaste que traversaient quelques allées de pierres parfaitement taillées. Quelques bancs blancs éparses permettaient aux patients les plus grabataires, certainement lobotomisés, de s’asseoir et de voir la journée passer. Toutefois ces derniers représentaient une petite minorité. D’innombrables pensionnaires de toutes origines, dont quelques démons de bas rang, étaient complètement déjantés. Certains s’évertuaient à vouloir se pendre encore et encore, d’autres se couraient les uns derrière les autres et les chasseurs n’étaient pas forcément ceux que l’on aurait pensés. Il y eut le cas d’un sluram, une race extra-terrestre à mi-chemin entre l’escargot et le primate, qui, pensant être invisible, s’exhiber complètement nu et offrait un spectacle tout simplement dégoûtant, même aux yeux d’un démon.
Finalement le groupe de démons arriva à l’entrée de l’asile immaculé. Le sentiment de folie à l’extérieur n’était rien face au chaos le plus total de l’intérieur. Différents pensionnaires se tapaient les uns sur les autres. Différents vêtements, draps, linges et même du papier toilette étaient répandus dans les couloirs. Il semblait que les fous étaient en totale liberté ou du moins que les surveillants n’étaient pas suffisamment nombreux pour assurer le maintien de l’ordre. Des cinglés en camisole traversaient les couloirs laissant flotter dans leur sillage différentes bandelettes. La lumière vacillait et au loin s’entendaient des cris de douleurs atroces. A n’en pas douter, les solutions médicamenteuses n’étaient pas le seul traitement que l’édifice avait coutume d’exercer.

« - J’en ai vu des enfers plus tordus les uns que les autres au fil de mes missions pour le seigneur Marbas mais aucun n’égale celui-ci en terme de bordel monstre » dit le démon en charge de porter Reinhardt.

« - Ça me fait une belle jambe, ducon. Tout ce qui m’intéresse, moi, c’est de remettre le chimpanzé au proprio et de me barrer au plus vite ! »

Ils ne remarquèrent par Alricaus avant que celui-ci ne parle. Il se tenait à l’étage supérieur, au-dessus du hall et les observait depuis leur entrée dans l’établissement. Il avait une apparence humaine. Un homme blanc avec des cheveux noirs, mi-longs, plaqués en arrière. Il portait également un bouc avec un collier, de petites lunettes rectangulaires et ses yeux étaient rouge sang. Il était  vêtu d’un costume beige avec une chemise blanche en dessous et une cravate aussi rouge que ses yeux.

« - Bienvenue à Faux semblants ! » dit-il les mains croisées dans le dos.

« - Il semblerait que j’ai laissé trop de liberté à mes sujets ».

D’un claquement de doigts tout fut rentré dans l’ordre. Chaque pensionnaire fut muselé, camisolé et enfermé dans sa cellule. Un calme parfait régnait dorénavant dans la clinique … ce qui surprit quelque peu les cinq démons.

« - A moins que vous n’ayez eu des hallucinations. Ce serait un cas intéressant d’hallucination collective dans ces circonstances. Un sujet certainement passionnant à étudier ».

« - Veuillez nous excuser, seigneur Alricaus, mais nous ne sommes pas venus nous faire étudier. Nous venons de la part du seigneur Marbas avec ce singe et cette lettre qui vous sont destinés ».

« - Un seul sujet au lieu de cinq ? Ah ! Dommage ! Puis-je voir cette lettre ? »

Un infirmier arriva alors dans le hall et prit la lettre. Il se transforma en petit cochon rose avec des ailettes d’angelets, volant vers Alricaus pour lui remettre le pli. Auprès du docteur, il reprit sa forme normale. Les démons le regardèrent d’un air circonspect.

« - Auriez-vous eu une nouvelle hallucination ? Si tel est le cas, il faut absolument que vous restiez parmi nous ».

« - Tu parles d’hallucinations ! C’est ainsi que vous rendez vos pensionnaires cinglés, en métamorphosant vos laquais en d’autres choses ? »

« - Diable, de quel laquais parlez-vous ? J’ai pris votre lettre par la plus rudimentaire des télékinésies. Que croyez-vous avoir vu ? »

Les démons se regardèrent interloqués et ne répondirent pas.

« - Qu’à cela ne tienne. Lorsque vous serez devenus des fardeaux pour Marbas, elle vous enverra ici … à moins qu’elle ne vous tue, plus simplement. A ce sujet que me demande-t-elle ? »

Alricaus lut la lettre attentivement durant quelques secondes.

« - Je vois ! Le soumettre et le convertir ? Un exercice assez banal somme toute mais appliqué à un sujet au contraire exceptionnel. Le réel challenge est l’interdiction formelle de porter atteinte à son intégrité physique. Il est sûr que ça va compliquer les choses … C’est celui qui provient de 3530, c’est cela ? »

« - Je crois, ouais ! » répondit le démon qui avait pris la place de leader.

« - Comment ça, vous croyez ? Vous n’en n’êtes donc pas sûr ou auriez-vous une perte de mémoire ? »

« - Plus simple, j’y étais pas ! »

« - Ah ? Certes ! »

Alricaus matérialisa une lettre et une plume. Il écrivit par télékinésie et enferma la lettre dans une enveloppe scellée.

« - Bien ! Retournez auprès de Marbas et donnez-lui cette lettre. En attendant je vais prendre soin de notre bon ami et lui donner la suite V.I.P. ».

A peine l’interlocuteur d’Alricaus eut-il la lettre entre les mains que le groupe fut téléporté hors du Cortex, dépossédé de Reinhardt.
Au sein du Cortex, Reinhardt fut amené, toujours inconscient, dans une pièce très réduite. On lui enfila une camisole de force avant de l’allonger sur un lit à peine plus large que ses épaules et où on le maintint avec d’épaisses sangles, des câbles et des chaînes. On lui administra une intraveineuse dans la jugulaire avant de placer un bandeau de nuit sur les yeux et de le munir d’un masque de cuir avec une boule en caoutchouc rouge entre les dents.
Une fois "installé", les infirmiers sortirent de la chambre et la verrouillèrent à double tour avant d’éteindre la lumière.


Dernière édition par Jezekiel le Sam 3 Jan - 14:37, édité 1 fois
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Chapitre 63 - Mémoire oubliée : Faux semblants :: Commentaires

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[Date originale : 10 Octobre 2011]
De plus en plus intriguantes, ces mémoires oubliées... Je vois que les démons sont toujours aussi tendres entre eux XD
 

Chapitre 63 - Mémoire oubliée : Faux semblants

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