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 Chapitre 192 - Mémoire Oubliée : Tout feu, tout flamme

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Jezekiel
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Localisation : Poitiers, Vienne, France

29032014
MessageChapitre 192 - Mémoire Oubliée : Tout feu, tout flamme

Terre 531 – Année 1978 – Ville de Poitiers

Il était 18h passées et même si ce n’était pas la première fois qu’il sortait en retard, Jérôme, expert-comptable de son état, était pressé. Au volant de sa berline, il roulait à vive allure, faisant crisser ses pneus dans les virages de l’avenue de Nantes. Par chance, il ne rencontra aucun policier. Pourtant ces derniers avaient leur position fétiche située sous le pont de la voie ferrée, postés en embuscade … mais pas ce soir !
Remontant l’avenue de l’Europe, il ne s’arrêta pas au carrefour habituel pour rentrer chez lui. Au contraire, il fila sans décélérer droit devant. Près de cinq minutes plus tard, en passant les feux à l’orange cramoisi, il finit par tourner sur sa gauche en direction du Centre Hospitalier Universitaire. Se garant précipitamment, à cheval sur deux places, il courut jusqu’au service désiré de l’hôpital, celui de maternité où l’attendaient déjà son frère Viriato et son jeune fils Frédéric.

« - Elle a accouché ? » demanda-t-il à son frère sans prendre la peine de lui dire bonjour.

« - Non, tu es arrivé juste à temps, file » lui répondit Viriato.

« - Tu gardes … »

« - Frédéric à l’œil, t’en fais pas, file ».

Jérôme pénétra dans la chambre où sa femme Isabelle était déjà en plein travail. Près d’une heure plus tard, la jeune Marie naquit.

Les années s’écoulèrent dans la joie, ne connaissant que très peu de couacs. En grandissant, Frédéric devint un frère extrêmement protecteur envers sa sœur Marie. Nul n’avait intérêt à embêter cette dernière sans craindre l’ombre de son frère qui avait tôt fait de corriger les canailles. Cela ne dérangeait pas Marie, bien au contraire. Les deux enfants étaient très complices et fusionnels et la petite fille n’abusait pas de la protection de son frère.

Néanmoins ce bonheur parfait fut entaché à l’été 85. Pour une raison inconnue, Jérôme sombra dans l’alcool. Lui qui n’avait jamais aimé son goût, plongea tête baissée dedans. Rapidement, les conséquences se firent sentir si bien qu’il fut licencié en Octobre. L’année n’eut pas le temps de s’achever que Jérôme, constamment enivré du soir au matin, commença à battre sa femme sous les yeux de ses enfants. Sombrant à son tour dans les vapeurs de Dionysos, Isabelle se mit elle-même à boire. Sa violence se révéla à son tour et commença à battre ses enfants en conséquence des roustes que Jérôme lui infligeait. Pour compléter ce tableau cauchemardesque, Marie, pourtant âgée que de huit ans, se mit à devenir violente à son tour à l’école en tirant violemment les cheveux des copines et s’en prenant même ouvertement aux garçons, parfois plus âgés qu’elle.

Un soir d’hiver 88, le pire arriva lorsque Jérôme s’endormit sur le divan, une cigarette allumée à la main. Le feu prit très rapidement sur la moquette avant de se propager au divan sur lequel Jérôme périt sans parvenir à se relever. Dans un ultime moment de lucidité, Isabelle tenta de sauver ses enfants des flammes. Malheureusement, elle et Marie périrent dans cette tentative sous les yeux de Frédéric.

Frédéric avait treize ans lorsque ce drame arriva. Il fut confié à son plus proche parent, son oncle Viriato Dubois. Son oncle était un homme bon même si son travail lui prenait l’essentiel de son temps. Diplômé de l’E.N.A., il était devenu l’un des plus jeunes ambassadeurs de son époque et prit ses fonctions à l’ambassade de France au Koweït à l’été 1989 alors que Frédéric n’avait pas encore fait son deuil de ses parents.
Trop surchargé de travail, à cause des tensions politiques extrêmes de l’époque pour s’occuper comme il l’aurait voulu de son neveu, Viriato délégua un majordome pour subvenir à ses besoins. Frédéric se prit d’affection pour lui et le majordome parvint à lui faire remonter la pente lentement mais sûrement.

Malgré les efforts de médiation politique entre son pays de résidence et son proche voisin l’Irak, les tensions ne cessèrent d’augmenter jusqu’au point de non-retour lorsque les soldats de Saddam Hussein envahirent le Koweït le 2 Août 1990. Viriato, qui avait décidé de rester le plus longtemps possible dans un ultime espoir de résolution à l’amiable de ce conflit sous-jacent, fut pris au piège à l’intérieur du pays, et de son ambassade, lorsque les militaires bloquèrent les moyens de transports.
Retranchés dans les souterrains du bâtiment, ils ne furent jamais inquiétés par la force d’invasion. Bénéficiant de provisions leur permettant de tenir un siège de presque un an, Frédéric et son oncle réussirent à tenir jusqu’à l’intervention de la coalition alliée. Ses forces armées parvinrent à chasser les Irakiens hors du Koweït relativement rapidement.
C’est par un matin à la fin du mois de Février que des soldats français les retrouvèrent dans les souterrains et les libérèrent de toute crainte d’être exposés aux conflits.

A peine quelques jours plus tard, l’oncle reprit ses fonctions d’ambassadeur et désira se rendre près des puits de pétrole auxquels les irakiens avaient mis le feu et que des pompiers tentaient d’éteindre. L’expédition fut entreprise sous bonne garde d’une poignée de soldats français. Arrivés sur les lieux, Frédéric observa ces gigantesques geysers de feu zébrer le ciel. Cela lui rappela l’incendie qui avait coûté la vie à ses parents et ne voulut pas descendre du hummer blindé. Ce qui n’était pas le cas de son oncle.

« - C’est terrifiant … » laissa-t-il échapper en descendant de voiture.

« - Surtout pour l’économie mondiale, monsieur ! » rétorqua le plus gradé des hommes qui l’accompagnaient.

« - Comment ça ? »

L’homme lui fit un signe de tête de le suivre.

« - Vous me permettez de parler librement, monsieur ? »

« - Bien sûr ! »

« - Sauf votre respect, mais ce n’est pas pour vos beaux yeux qu’on est intervenus si vite ici ! Il y a en tout trente-quatre pays qui ont ramené des soldats ici pour faire cesser ce conflit au plus vite et pour une seule et unique raison : ce que vous voyez partir en flammes ! »

« - Le pétrole ? »

« - Bingo ! »

Dubois observa alors les champs pétrolifères en feu. Il tourna la tête vers le hummer où son neveu était resté. Malgré les vitres pare-balles, il le distingua sans aucune difficulté. L’adolescent semblait fasciné par quelque chose. Cela ne pouvait être les flammes, il semblait toujours en avoir peur. L’oncle scruta alors avec plus d’attention les puits et distingua plusieurs hommes s’affairer autour.

« - D’où viennent ces pompiers ? » demanda-t-il.

« - Ces cow-boys ? Ils sont de Red Adair ! Les seuls tarés à avoir accepté de venir éteindre ces flammes de l’enfer. En tous cas ils sont plutôt efficaces. Depuis qu’ils sont arrivés c’est le trentième puits qu’ils éteignent et certainement bientôt le trente et unième ».

Les paroles du militaire se confirmèrent lorsque les flammes du puits sur lequel ils travaillaient se rétrécirent à vue d’œil, à la plus grande joie de Viriato. Il regarda à nouveau Frédéric et il sembla déceler dans son regard un certain émerveillement.
C’est alors qu’il vit autre chose de moins plaisant. Au sommet des dunes de sables qui se trouvaient au nord de leur position, Viriato vit des silhouettes se faufiler.

« - Vous êtes plus nombreux que je ne l’aurais cru » dit-il alors au soldat qui l’accompagnait.

« - Pardon ? De quoi parlez … »

L’homme n’eut pas le temps de finir sa phrase qu’une roquette vint frapper le hummer qui était juste derrière celui où Frédéric était resté. L’explosion souleva les deux véhicules avant de les faire retomber sur le côté.

« - EMBUSCADE !!! »

Immédiatement, le soldat fit se baisser l’ambassadeur alors que les balles sifflaient déjà. Ce dernier hurlait le nom de son neveu malgré le chaos qui se déchaînait autour de lui.
Un détachement de soldats irakiens avait décidé de revenir sur leurs pas pour s’assurer que les puits continuent de brûler. Voyant que des occidentaux parvenaient à les éteindre, ils s’étaient organisés pour leur tomber dessus. Encerclés, la poignée de soldats français ne résista pas longtemps sous le feu ennemi alors qu’ils n’avaient nulle part pour s’abriter. Un par un, ils tombèrent. Rampant vers le véhicule où se trouvait Frédéric, Viriato fut abattu d’une balle dans la tête avant qu’il n’ait pu s’assurer de l’état dans lequel se trouvait son neveu.
Les techniciens de Red Adair, qui s’étaient pourtant rendus sans résistance furent tous abattus méthodiquement. Néanmoins, ils oublièrent de vérifier si les deux hummers étaient occupés ou non lors de l’attaque. Assommé par l’explosion, Frédéric revint à lui alors que l’attaque était finie. Le véhicule dans lequel il se trouvait était renversé sur le côté. Il eut du mal à se redresser et à s’extirper de la carcasse par une vitre brisée. Adossé au véhicule, il vit la dépouille d’un soldat qui avait tenté de s’abriter derrière. Dehors, il ne restait sur les lieux que trois soldats irakiens qui s’étaient attardés pour rallumer le puits et, accessoirement, faire les cadavres. L’esprit de Frédéric ne parvenait pas à réaliser ce qui s’était passé. Tous les militaires qui les avaient accompagnés étaient étendus sur le sable du désert, morts. C’est alors qu’il vit l’un des Irakiens se pencher sur le corps de son oncle. Sans s’en rendre compte tout de suite, il poussa un puissant cri tandis que des larmes se mirent à couler sur ses joues. Bien évidemment, cela attira l’attention des meurtriers. L’un d’eux lui tira dessus en pleine tête. Frédéric tomba à la renverse. En fait, la balle n’avait fait que lui érafler le crâne, provoquant une profonde déchirure au cuir chevelu et provoquant un saignement abondant.

Ce traumatisme aurait plongé n’importe qui dans les vaps, si ce n’est dans un léger coma. Mais quelque chose sembla stimuler l’esprit de Frédéric. Quelque chose de chaud, d’ardent, qui semblait lui dévorer les entrailles. Cette chose était la rage intense qu’il avait ressentie en voyant son oncle mort, le dernier membre de sa famille. Il revint à lui et, dans un état second, se mit à ramper derrière le hummer dans lequel il était il y a quelques minutes encore. Il se dirigea tant bien que mal vers le soldat décédé.
Pendant ce temps, l’irakien qui lui avait tiré dessus remarqua l’absence de sa dépouille là où il était censé être tombé. Il inspecta les lieux et vit de suite la traînée laissée par son rampement.

« - ؟القذر الكلب أنت أين » dit le soldat en tournant au coin du véhicule.*

Frédéric se retourna alors vivement et tira sur le soldat avec le pistolet qu’il était parvenu à trouver sur la dépouille du soldat français. L’irakien tomba mort avant de toucher le sable.

« - ؟ يمتلك فعلت انت » cria l’un des deux autres soldats restés près des cadavres.**

Surgit alors de derrière le véhicule, Frédéric armé de la kalachnikov du soldat qu’il venait de tuer. La vue quelque peu troublée par le sang qui s’écoulait de son crâne, il se mit à tirer sur les deux soldats. Les deux crapules s’effondrèrent mais ils n’étaient pas morts … ce que Frédéric vit. Il s’approcha d’eux sans dire un mot. Les seuls sons qu’on entendit étaient les gémissements des deux Irakiens. Le premier d’entre eux tentait de fuir en rampant tout en laissant une traînée de sang. Ce fut vers lui que Frédéric se dirigea en premier. Sans une once de pitié, il lui tira une rafale dans le dos. Puis il se dirigea vers le second qui était resté sur place mais tentait de se saisir de son arme. Voyant Frédéric au-dessus de lui, l’Irakien se mit à hurler.

« - أكبر الله ! » ***

Ne comprenant pas l’arabe et donc ce qu’il disait, Frédéric se mit simplement à hurler le plus fort qu’il le put et se mit à tirer sans discontinuer sur l’Irakien jusqu’à ce que son chargeur soit vide.

Après avoir jeté un regard embué de sang et de larmes, il se mit à marcher à travers le désert en suivant la piste laissée par les hummers. Il fut retrouvé près de trois heures plus tard par une patrouille française venue s’enquérir du statut de leurs coéquipiers. En reconnaissant les drapeaux français imprimés sur les vestes des militaires, toute tension quitta le corps de Frédéric qui s’évanouit dès lors. Il avait seize ans lorsque ce massacre eut lieu.

Rapatrié en France, il récupéra physiquement rapidement. Psychologiquement parlant, il reçut l’aide d’un psychologue qui parvint à des résultats exceptionnels. Néanmoins quelque chose en lui était revenu depuis l’incendie meurtrier de 1988, il désirait à nouveau protéger autrui comme il avait pu protéger sa petite sœur dans la limite de ses moyens. Mais cette fois il voulut que ce soit vraiment efficace et décida de s’engager dans l’armée à sa majorité en 1993.

Faisant rapidement ses preuves, il fut envoyé en Juin 1994 au Rwanda dans le cadre de l’opération Turquoise afin que le génocide des tutsi cesse. L’ordre avait été de maintenir une zone humanitaire sûre tout en restant neutre dans le conflit. Le génocide étant considéré comme un effet collatéral de la guerre. Il était hors de question d’arrêter les responsables mais d’inciter les forces armées rwandaises de restaurer leur autorité.

Cet état de fait déplut fortement à Frédéric qui ne supportait pas cette inaction devant ces injustices. Régulièrement, lui et quelques hommes qui partageaient son sentiment, parvenaient à s’éclipser de leur campement pour battre la campagne et prendre sur le fait ces génocidaires fous. A plusieurs reprises, leur entreprise fut un franc succès et ils parvinrent rapidement à pacifier la zone entourant leur base avec une réelle efficacité. Bien évidemment cela ne passa pas inaperçu et les hauts gradés découvrirent qui étaient ces "vengeurs français". Frédéric choisit d’endosser l’entière responsabilité de ces expéditions. Tandis que les autres reçurent un blâme et furent rétrogradés, Frédéric fut renvoyé de l’armée pour désobéissance aggravée.

Renvoyé en France, Frédéric avait un nouveau projet de carrière bien précise en tête, un projet qui lui permettrait de continuer à aider autrui. Il pensa un moment à devenir urgentiste. Bien qu’un urgentiste aide autrui, il ne fait que réparer ce qui a déjà été fait. Il désirait vraiment agir avant que le pire n’arrive. Les portes de la gendarmerie et de la police lui étant fermées, il choisit donc de s’orienter vers les pompiers au début de l’année 1995.
Fort de son instruction militaire, Frédéric endura les quatre mois de sa formation de sapeur-pompier au Fort de Villeneuve-Saint-Georges sans trop de difficultés.
Parmi les plus efficaces de sa promotion, il fut affecté à l’une des casernes des pompiers de Paris, celle située sur l’avenue Villemain du quatorzième arrondissement. En arrivant dans cette caserne, Frédéric reçut un complément de formation. En effet la caserne de Villemain s’occupait, entre autres, d’interventions dans les catacombes. Une formation qui lui sera utile près de quinze ans plus tard, par un soir de 2010.

_________________

Note 1 : Traduction des paroles arabes :
* « - Où es-tu sale chien ? »
** « - Tu l’as fini ? »
*** « - Dieu est grand »

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Note 2 : J'espère que ce chapitre sur l'histoire de Frédéric vous aura plu.
Tout comme pour Jeremiah, j'ai tenté d'intégrer la vie de Frédéric dans l'histoire ... et je trouve que je ne m'en suis pas si mal sortis ^^
_________________

Note 3 : La série des "Mémoires Oubliées" va marquer une pause le temps que le fil de l'histoire principal avance un peu.
En effet les prochaines mémoires concerneront toujours nos héros ... mais uniquement une partie d'eux ...

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Note 4 : La semaine prochaine commence donc l'Arc 11 avec le chapitre 193 !

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Chapitre 192 - Mémoire Oubliée : Tout feu, tout flamme :: Commentaires

J'apprécie beaucoup la référence ^^ Même si mon double connait une triste fin... Moins triste que le tien, ceci dit...

Très chouette chapitre sinon, bien écrit.
 

Chapitre 192 - Mémoire Oubliée : Tout feu, tout flamme

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