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 Chapitre 414 - A terre

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Jezekiel
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16092018
MessageChapitre 414 - A terre

Terre 204378 - États-Unis - Lexington

Toutes les nuits, Émile revivait les mêmes événements, la même journée ensoleillée à courir dans les rues et ruelles de Lexington. Pourchassé par des vampires tarés générés par Hamilton, il finissait inlassablement dans la même impasse. Cette impasse où il surprenait des augmentés en train de passer à tabac un policier isolé. Ces mêmes augmentés qui n’allaient pas tarder à s’en prendre à lui également lorsqu’ils comprendraient que l’armature métallique qu’il portait au bras droit n’était pas une augmentation. Puis le chaos, le chaos déferlant du toit et se déversant dans l’impasse. La fureur à l’état pur, la violence ... la douleur ... et du sang ... son sang ... son sang aspiré par un vampire le mordant à la main ... puis sa main ... tranchée.

Émile revint à lui en sueur ... comme tous les matins depuis l’accident. Il reprenait ses marques dans une chambre d’hôpital aux murs peints d’un vert pistache. Les rayons du soleil filtraient à travers les stores et procuraient assez de lumière pour se repérer dans la chambre. Émile était seul, il avait obtenu une chambre individuelle ... ou plutôt Marc avait réussi à lui en obtenir une afin qu’il se repose. Marc ... Émile leva son avant-bras gauche, son moignon. Il était parfaitement bandé mais pas immaculé. Du sang avait pénétré les bandages. Émile tourna la tête vers le mur et son horloge. Il était pratiquement 7 heures du matin ; les infirmières n’allaient pas tarder à commencer leur ronde. A peine eut-il formulé cette pensée qu’il entendit déjà le plateau à roulettes arriver dans le couloir.

Émile esquissa une grimace et se rallongea. Il avait horreur de ces infirmières qui tentaient de le forcer à se laver, à prendre soin de lui, à remonter la pente comme elles disaient. Quelle pente ?? Il n’y avait pas de pente seulement sa putain de main gauche qui n’était plus au bout de son bras. Et puis il y avait son bras droit, brisé par ce satané vampire avant qu’il ne le morde. Déjà agoraphobe au départ, cette épreuve et ces rapports forcés avec autrui le renfrognaient un peu plus au fil du temps. Et cela affectait même ses rapports avec Marc. Même si ce dernier semblait très bien l’accepter ... pour l’instant. Mais encore combien de temps supporterait-il sa mauvaise humeur avant qu’il ne décide de l’abandonner ? Émile en avait conscience mais il avait du mal à lutter contre son naturel ... En avait-il au moins envie ? Dur à dire pour quelqu’un dont le monde semblait s’être écroulé en un instant. Revenaient à l’esprit d’Émile les paroles de son thérapeute : « - La vie ne s’est pas arrêtée, elle a simplement pris une nouvelle tournure ! »

Émile s’assit au bord de son lit comme il le put avant de se lever en direction de la fenêtre et de ses stores. Levant le bras droit, il écarta difficilement deux des lames du store et observa la ville scintiller de mille feux sous les rayons obliques du soleil. Cette période de la journée relevait de la magie. Un court instant la vie faisait oublier à tout le monde les épreuves que cette ville, et tout le pays, avaient vécues ces derniers jours. Bientôt, la magie s’évanouirait et l’on pourrait revoir les stigmates des émeutes et de la guerre civile qui s’en est suivie.

Voilà, c’était déjà fini. Les bâtiments redevenaient mornes et gris. Les traces d’incendies constellaient à nouveau les tours. Certaines d’entre elles fumaient encore de foyers mal circonscrits. Quelle tournure pourrait bien prendre sa vie dans une ville qui devait, comme lui, se reconstruire ? Autant il était simple de reconstruire une ville, mais un homme ? ... C’était une autre histoire !

La porte de sa chambre s’ouvrit alors en grand.

« - Aaaah ! Monsieur Postridge ! Vous êtes déjà levé ? C’est bien ! » fit une infirmière rondouillette avec un large sourire.

C’était la troisième à s’occuper de lui. Il avait épuisé les deux précédentes en étant odieux au possible ... mais celle-ci ? C’était à croire qu’elle en redemandait tous les jours. Derrière son large sourire d’ordinaire communicatif se cachait en réalité une dure à cuire. Émile ne savait plus trop s’il la détestait ou s’il commençait à craindre sa bonhomie à toute épreuve. Il avait même cessé de la reprendre lorsqu’elle s’adressait à lui comme à un monsieur et non à un professeur. Elle s’était suffisamment moqué de lui pour qu’il cesse de lui-même.

« - Au menu ce matin : des tartines de beurre avec un grand bol de café accompagné d’une délicieuse gelée aux fruits rouges ! »

Handicapé comme il l’était, c’était elle qui lui donnait à manger, ou plutôt la becquée comme elle le disait parfois. Bien que cette fichue gelée lui sortait par les yeux, Émile la mangeait maintenant à chaque fois. L’infirmière ne le forçait pas, son seul regard du genre je ne renoncerais pas suffisait dorénavant à le faire céder.
_____________

Lexington - Chantier de reconstruction de la Mairie

7 heures du matin, c’était l’heure de l’embauche pour Marc. Chaussures de sécurité aux pieds, jeans usé, gants de protection, casque de sécurité, son allure trahissait incontestablement son travail actuel. Après la guerre civile, l’heure était à la reconstruction et le secteur du bâtiment recrutait à tour de bras, organique ou artificiel. A cause du chaos engendré par l’intelligence artificielle qui s’était insinuée dans les systèmes informatiques nationaux, il existait un certain flou. Les bases de données étaient toutes devenues suspectes et peu fiables. Impossible dès lors d’affirmer ou d’infirmer avec certitude l’identité d’autrui aussi rapidement qu’auparavant. Ajoutons à cela le chaos de la guerre civile et la perte de nombreux documents officiels, cela permit à Marc de se faire embaucher sur sa bonne foi, une chance pour lui et Émile qui plus est, devant l’urgence de la reconstruction, les salaires étaient attractifs.

Marc était du genre débrouillard et ses capacités physiques lui permettaient de trouver du travail sans trop de mal. En temps normal, son premier choix se serait tourné vers le poste de videur dans les boîtes de nuit ou autres bars. Mais peu d’établissements avaient pu rouvrir jusque-là. Néanmoins, il avait réussi à se débrouiller pour trouver des fonds pour financer une chambre individuelle à Émile à l’hôpital même en pleine guerre civile. Il n’avait alors pas hésité à se salir les mains et prendre des jobs de mercenaires occasionnels ... mais jamais rien de létal. Il avait déjà dû tuer un civil sur cette Terre, c’était déjà trop.

Peu importe le passé, aujourd’hui il avait un job honorable qui le faisait se dépenser physiquement, lui faisant oublier durant quelques heures ses soucis. Le chantier de la semaine était la reconstruction de la mairie qui avait été prise pour cible lors des émeutes. Le bâtiment avait subi alors de lourds dégâts ... que la communauté s’efforçait aujourd’hui de résorber, comme un peu partout en ville d’ailleurs.
Les premiers jours, l’ambiance de travail avait été tendue entre les organiques et les augmentés. Certes la révélation choquante qui avait mis un terme à la guerre avait mis à mal nombre de convictions mais cela allait au-delà. Il s’était avéré qu’une grande partie de la population avait été augmentée à son insu avec une technologie de pointe indétectable. Un nouveau test avait été développé afin de déterminer qui avait été la victime de ces augmentations frauduleuses. Le résultat avait été sans appel ; la population avait été massivement impactée à un point que les organiques étaient devenu la minorité. Bien sûr, les premiers jours, il y eut quelques frictions entre organiques, augmentés et victimes. Mais la volonté de collaboration avait fini par primer. Et au beau milieu de tout ça, Marc s’était fait discret et avait été bien intégré à l’équipe.

Près de quatre heures plus tard, une cloche ... Non, LA cloche retentit, signal que c’était la pause déjeuner. Sans perdre une seule minute, Marc bondit de l’échafaudage et quitta le site. En fonction de l’emplacement du chantier, Marc ne perdait pas une seconde et prenait la direction de l’hôpital. C’était le seul moment de la journée où il pouvait aller voir Émile dans les heures normales de visites. Et il ne comptait pas en louper une seule. A vrai dire c’était la moindre des choses qu’il pouvait faire. Même s’il n’avait pas eu le choix, il était quand même responsable de son amputation. C’était son devoir de lui apporter son soutien inconditionnel.

Utilisant ses facultés hors-norme, il fendait le bitume et parcourait de longues distances à une vitesse affolante sans être inquiété. Après tout, les augmentés étaient libres de circuler à nouveau donc il n’était pas rare d’en voir certains piquer des sprints ahurissants. Tant qu’ils ne se transformaient pas, tout allait bien.

Quelques minutes après, il arriva en vue de l’hôpital et décéléra sensiblement. Les alentours de l’édifice avaient grandement changé également depuis le jour où il y avait amené Émile. Aujourd’hui, il n’y avait plus de barricades ni de militaires. L’hôpital était à nouveau accessible à tous sans restriction.
Arrivé dans le hall, Marc entreprit de le traverser comme à son habitude, droit vers les ascenseurs. A force d’y venir presque tous les jours, Marc avait mémorisé inconsciemment tous les détails de ce hall. Il notait les changements de position et de composition du fleuriste à l’entrée, il prenait connaissance de la une des journaux en passant devant le buraliste. Passant devant le comptoir de la réception, une note de couleur attira son attention sur le présentoir des prospectus et autres notes informatives. L’un d’eux était nouveau. Marc s’immobilisa un instant, intrigué. Le prospectus était au nom de "TechGene".

« - La technologie de demain est déjà parmi nous !
Levons le secret qui l’entoure !

TechGene c’est avant tout le désir d’alléger la souffrance d’autrui !
Un membre perdu ? Un organe défaillant ?
TechGene met à disposition tout son savoir-faire pour vous accompagner dans vos épreuves et vous apporter la meilleure solution, car chacun est unique !

N’hésitez plus ! Les prothèses de demain sont déjà là et elles vous attendent !
Augmentations à usage strictement thérapeutique »

Marc resta songeur un long moment face à ce dépliant. Il le fixa tout le temps de la montée de l’ascenseur qu’il avait emprunté machinalement. Arrivé à l’étage d’Émile, Marc replia le dépliant et le fourra dans la poche arrière de son pantalon.
Sans attendre, il sortit dans le couloir et le parcourut jusqu’à la chambre 489. Il toqua à la porte par politesse avant d’entrer. D’expérience, il n’attendait pas à ce qu’Émile lui dise d’entrer.

« - Bonjour Émile ! » fit-il avec un grand sourire.

Émile tourna la tête vers lui « - Marc ! »

« - Comment vas-tu aujourd’hui ? »

« - Pas différent des autres jours ».

Marc ne sut pas quoi répondre. Il posa alors les yeux machinalement sur son moignon. Son bandage avait été changé et était à nouveau propre.

« - Il a encore saigné cette nuit » fit Émile.

« - Ah ! »

Marc se sentait mal à l’aise. Émile le ressentit et s’en voulut d’avoir été aussi direct. Il n’avait pas voulu le culpabiliser à nouveau. Détournant le regard du moignon d’Émile, il se posa sur son bras droit. Il n’avait plus de plâtre mais une sorte de coque transparente dans laquelle son bras baignait dans un fluide bleu azur étrange.

« - Une évolution concernant ton bras ? » fit-il, à nouveau enjoué.

Émile baissa les yeux sur cette fameuse coque.

« - Oui. Les soins médicaux de cette dimension semblent à la pointe. C’est une coque revitalisante. D’après les médecins je devrait retrouver pleinement l’usage de mon bras d’ici quelques jours ».

« - C’est fantastique ! »

« - Sûrement ».

« - Émile ... Tu vas bientôt pouvoir retrouver un minimum d’autonomie, c’est bien ! »

« - Oui, je vais pouvoir à nouveau me torcher moi-même, quelle joie ! »

« - Pas que pour ça ! » fit Marc sans effacer son sourire.

« - Et pour quoi d’autres ? J’ai effectué des prouesses scientifiques, traversé le voile des dimensions dans le seul but de me venger et voilà le résultat ! Hamilton est sûrement loin à présent et moi ? Moi, je suis maintenant moins qu’un homme à qui on a coupé la main et ôté toute dignité et tout respect ! »

« - Ce n’est que passager. Tu vas bientôt regagner tout ça ! »

« - Sauf ma main ! »

« - ... »

Marc se tut un instant.

« - A ce sujet ... il y a une solution qui s’est peut-être présentée à nous ... » commença à dire Marc en sortant le dépliant.

« - JE NE VEUX PAS DE CES AUGMENTATIONS !! » hurla alors Émile.

Marc resta bouche bée.

« - Ce ne sont pas les augmentations auxquelles tu penses ... Ce sont des nouvelles ... Ou plutôt, d’après ce que j’ai pu comprendre ce sont celles qui ont été implantées à l’insu de tous et qui faisaient parfaitement illusion. ... Je te laisse le dépliant ici, si tu veux le consulter ... »

Émile ne dit mot. Marc tourna alors les talons.

« - Vous n’avez jamais perdu mon respect, Émile ! » dit-il avant de sortir de la chambre.

"Vous", cela faisait longtemps que Marc ne l’avez pas vouvoyé. En avait-il eu marre de lui cette fois ? Émile se renfrogna dans le silence tout le reste de la journée, jusqu’à la visite du médecin.
L’homme de médecine venait tous les jours pour suivre le rétablissement d’Émile et de tous les patients de cette aile. Il vérifia que la coque revitalisante avait été bien fixée et n’avait pas bougé depuis son installation. Il s’estimait confiant dans les capacités de récupération de mobilité de son bras.
Après la routine de la visite, le médecin s’attarda un peu dans la chambre d’Émile. Il prit un siège et s’assit dessus. Il avait vu le prospectus de TechGene et avait eu vent de son altercation avec son visiteur du déjeuner.
Ce sont des choses qui arrivent bien moins rarement qu’on peut le penser. A dire vrai c’est même normal que ça sorte d’une façon ou d’une autre. Le tout était de rebondir. Les progrès de la médecine, c’était une chose, mais la volonté du patient à se remettre en était une autre et pour cela, personne ne pouvait l’aider. Il devait trouver une motivation pour se remettre qui lui était propre. Voir grandir ses petits-enfants. Finir ce que l’on avait commencé. Prendre sa revanche sur la vie ... Par fierté.
Quoi que soit cette raison, il était le seul à pouvoir la trouver. Le médecin se releva. Avant de sortir de la chambre il ajouta une chose. TechGene était une boîte sérieuse qui connaissait son affaire. S’il avait des questions, quelle qu’elle soit, concernant leurs nouvelles prothèses, il pourrait se renseigner pour lui discrètement.

Bien qu’il n’eut pas détaché son regard de la fenêtre, Émile n’avait pas perdu un mot. Il n’ouvrit la bouche que pour ingurgiter le repas du soir servi par la même infirmière intraitable que celle des deux précédents repas.
Avant de s’endormir, il observa une dernière fois son bras droit. Il pourrait bientôt manger tout seul mais d’autres taches lui seraient toujours inaccessibles avec une seule main. Manifestement il était en colère. Mais après qui ou quoi ? Qu’est-ce qui mettait tant à mal sa fierté ? Car le médecin avait fini par toucher juste, c’était sa fierté qui était bafouée.

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FIN DU SOUS-ARC 4
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Chapitre 414 - A terre :: Commentaires

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Re: Chapitre 414 - A terre
Message le Dim 16 Sep - 9:47 par Jezekiel
Bien que la trame propre au sous-arc 4 se soit fini la semaine dernière, ce chapitre (consacré à Émile) signe la fin effective du sous-arc 4 consacré à Miles/Reihardt.
La semaine prochaine, vous pourrez donc lire le premier chapitre consacré à Jeremiah dans le sous-arc 5 : la Rivière des Mémoires !

Mais avant cela, n'hésitez pas à me faire part de vos remarques et sentiments concernant celui-ci ... ainsi qu'au chapitre présent bien entendu ;p
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Re: Chapitre 414 - A terre
Message le Dim 16 Sep - 19:05 par Shion
Tiens pas de Terre 530 la semaine prochaine ?

Chapitre plutôt intéressant, montrant ce qu'Emile et Marc font après les évènements du sous-arc 2. On ne peut qu'être admiratif de la patience de Marc ^^

Concernant le sous-arc en lui-même, il était plutôt court, mais très intense, avec une évolution très drastique concernant Miles et Reinhardt. Encore un que j'ai beaucoup apprécié ^^
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Re: Chapitre 414 - A terre
Message le Dim 16 Sep - 19:28 par Jezekiel
Effectivement, pas de Terre 530 la semaine prochaine car il y a eu deux chapitres de Terre 530 de publié après le sous-arc 3 Wink
Re: Chapitre 414 - A terre
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Chapitre 414 - A terre

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